L'interdiction volontaire de jeu est une mesure simple à demander et contraignante dans ses effets : inscription sur un fichier national, fermeture des accès, durée incompressible. Encore faut-il qu'elle soit respectée par les opérateurs.
Quatre voies d’exclusion à ne pas confondre
Le droit français organise l’éloignement du joueur selon quatre mécanismes de nature différente, dont les effets et les modalités ne se recouvrent pas.
L’interdiction volontaire de jeu est demandée par la personne elle-même. Elle entraîne son inscription sur un fichier national et s’impose à l’ensemble des établissements et opérateurs concernés. C’est la mesure la plus protectrice, et la plus fréquemment sollicitée.
L’interdiction administrative, ensuite, n’est pas demandée : elle est subie. Elle est prononcée par l’autorité administrative à l’égard des personnes dont le comportement est de nature à troubler l’ordre, la tranquillité ou le déroulement normal des jeux — le harcèlement d’un acteur d’une compétition sportive ou d’un de ses proches, y compris en ligne, en relève expressément —, pour une durée qui ne peut excéder cinq ans.
L’interdiction judiciaire, ensuite, peut être prononcée par une juridiction pénale à titre de peine complémentaire, dans les cas prévus par la loi : le harcèlement moral et le harcèlement en ligne commis à l’encontre d’un acteur d’une compétition sportive ou d’un de ses proches l’encourent, pour cinq ans au plus. Elle produit des effets comparables à l’interdiction volontaire mais procède d’une décision de justice, non d’une démarche personnelle. Lorsqu’elle sanctionne les mêmes faits qu’une interdiction administrative déjà prononcée, elle s’y substitue.
L’auto-exclusion contractuelle, enfin, est souscrite directement auprès d’un opérateur ou d’un établissement. Elle n’a d’effet qu’à son égard, et sa portée dépend des conditions générales applicables. Elle constitue un utile complément, non un substitut : un joueur auto-exclu chez un opérateur peut ouvrir un compte chez un autre. S’y ajoutent les outils de modération proposés par les opérateurs agréés — plafonds de dépôt et de mise, limitation du temps de jeu, pauses temporaires —, dont la mise à disposition relève de leurs obligations de conformité, décrites dans notre page sur l’agrément ANJ et la conformité.
Le fichier, géré par l’Autorité nationale des jeux
L’interdiction volontaire repose sur un fichier national. Sa gestion, longtemps assurée par le ministère de l’intérieur, a été reprise par l’Autorité nationale des jeux le 31 décembre 2020 — les textes et les formulaires antérieurs à cette date, encore largement diffusés, renvoient donc à un interlocuteur qui n’est plus compétent.
La demande est gratuite et se forme sur le service en ligne de l’ANJ. Celle-ci indique que la validation de l’identité par selfie dynamique y est obligatoire, et que ce contrôle immédiat permet d’être interdit de jeu « en quelques jours seulement ». Elle ajoute que la personne qui ne souhaite pas réaliser cette vérification « devra alors demander son interdiction de jeux par voie postale », procédure présentée comme plus longue puisqu’elle suppose l’envoi d’un courrier recommandé. La voie papier n’a donc pas disparu : c’est l’alternative expressément prévue pour qui ne veut pas de la reconnaissance faciale.
Aucune motivation ni certificat médical n’est exigé, et la démarche est confidentielle. Elle est en revanche strictement personnelle : l’ANJ précise qu’elle « ne peut être effectuée que par la personne concernée sauf si vous justifiez être son tuteur ». Un proche inquiet ne peut donc pas inscrire quelqu’un à sa place, sauf à justifier d’une mesure de tutelle — ce qui laisse ouverte, au cas par cas, la situation des autres mesures de protection juridique. Les descriptions plus anciennes du parcours — vérification par appel téléphonique, confirmation par lettre, délai de deux semaines — décrivaient le dispositif à sa reprise par l’ANJ et ne correspondent plus au service actuel.
Le fichier n’est pas public. Il est rendu accessible, dans les conditions fixées par la réglementation, aux exploitants de casinos et de clubs de jeux, aux opérateurs de jeux en ligne agréés ainsi qu’aux opérateurs sous droits exclusifs pour leurs jeux à compte joueur, qui doivent le consulter pour l’accès aux salles et pour l’ouverture comme pour la tenue des comptes de jeu. Cette consultation s’accompagne d’obligations de sécurité et de confidentialité : les données relatives aux interdits sont sensibles et ne peuvent être détournées à des fins commerciales ou de gestion de la relation client.
La personne inscrite conserve les droits qu’elle tient de la réglementation sur les données personnelles, notamment le droit d’accès et le droit de rectification, exercés auprès de l’Autorité nationale des jeux selon les modalités propres aux fichiers de cette nature.
Durée, effets et levée de l’interdiction
L’inscription est prononcée pour une durée minimale de trois ans. Pendant cette période, elle ne peut être levée : c’est précisément cette irrévocabilité temporaire qui fait l’efficacité du dispositif, en mettant le joueur à l’abri de sa propre impulsion. Les demandes de retrait anticipé, quel qu’en soit le motif invoqué, n’ont pas vocation à prospérer.
Au-delà de ce terme, l’interdiction ne tombe pas d’elle-même : elle se reconduit tant que l’intéressé n’en demande pas la levée, demande qu’il forme auprès de l’autorité une fois le terme de trois ans atteint. Ce point est souvent ignoré et explique nombre de refus d’accès opposés à des personnes qui se croyaient libérées de la mesure.
Les effets sont concrets. La personne inscrite se voit refuser l’entrée des salles de jeux, ses comptes de jeu en ligne sont clôturés et elle ne peut en ouvrir de nouveaux chez un opérateur agréé. Le sort des sommes figurant sur un compte au moment de la clôture, et celui des gains éventuellement réalisés en violation de l’interdiction, obéit à des règles qu’il convient de vérifier au cas par cas, en confrontant les conditions générales de l’opérateur à ses obligations réglementaires.
Il faut enfin mesurer les limites du dispositif : il ne couvre pas l’ensemble de l’offre de jeu, laisse subsister les sites illégaux qui ne consultent aucun fichier, et ne fait pas obstacle au jeu sous une identité empruntée. L’accompagnement d’un joueur en difficulté ne se réduit donc jamais à la seule inscription.
Les obligations de l’opérateur et de l’exploitant
Du côté professionnel, l’interdiction de jeu n’est pas une contrainte d’ouverture de compte mais une obligation permanente. Elle suppose une vérification fiable de l’identité du joueur — la consultation du fichier n’a de sens que si le rapprochement nominatif est correctement opéré —, un contrôle effectif à l’entrée des salles, une mise à jour régulière des données, la clôture des comptes concernés et l’interruption de toute sollicitation commerciale à destination des personnes inscrites.
Cette dernière exigence est fréquemment prise en défaut : offres promotionnelles, relances par courriel ou message, invitations à revenir jouer adressées à un joueur exclu constituent des manquements caractérisés, aisément démontrables, et souvent relevés à l’occasion des contrôles du régulateur ou des services de police des jeux. Les mêmes exigences se retrouvent, sous une forme adaptée, dans les obligations d’accès et de registre des casinos et clubs de jeux.
Responsabilité et action du joueur
Lorsqu’un joueur interdit a néanmoins pu jouer, la question de la responsabilité de l’opérateur ou de l’exploitant se pose. Elle ne se résout pas par principe, mais par l’établissement de trois éléments.
Le manquement d’abord : absence ou défaillance du contrôle, compte maintenu après l’inscription, défaut de rapprochement d’identité, sollicitation commerciale adressée malgré l’exclusion. Il se démontre par des pièces objectives — historique du compte, échanges avec le service client, courriels promotionnels, registres d’entrée, enregistrements de vidéoprotection —, dont la conservation doit être demandée sans attendre, l’écoulement du temps étant ici le premier adversaire.
Le dommage ensuite, qui suppose un décompte rigoureux des pertes sur la période considérée, distinguant les sommes engagées, les gains obtenus et le solde réellement subi, et pouvant comprendre un préjudice moral.
Le lien de causalité enfin, qui constitue le point de résistance : l’opérateur oppose en règle générale la liberté et la responsabilité du joueur, sa faculté de jouer ailleurs et l’aléa inhérent au jeu. La discussion porte alors sur la part respective des manquements de l’opérateur et du comportement du joueur, et conduit fréquemment à un partage.
Le cabinet intervient sur ces dossiers dans toute la France, pour les joueurs comme pour les opérateurs, au stade de la réclamation, du signalement au régulateur, de la négociation ou de l’action judiciaire.
Questions fréquentes
- Comment demander une interdiction de jeu ?
- Auprès de l'Autorité nationale des jeux, qui gère le fichier depuis le 31 décembre 2020, par son service en ligne interdictiondejeux.anj.fr. La démarche est gratuite. L'ANJ indique que la validation de l'identité par selfie dynamique est obligatoire pour la demande en ligne et qu'elle permet d'être interdit de jeu en quelques jours ; elle précise que la personne qui ne souhaite pas réaliser cette vérification doit passer par la voie postale, plus longue puisqu'elle suppose l'envoi d'un courrier recommandé.
- Peut-on revenir sur une interdiction volontaire ?
- Pas pendant sa durée : l'inscription est prononcée pour trois ans et ne peut être levée avant ce terme, ce qui constitue l'intérêt même de la mesure. À l'expiration, la radiation n'est pas automatique ; elle suppose une demande expresse de l'intéressé. En l'absence de demande, l'inscription se poursuit.
- L'interdiction couvre-t-elle tous les jeux ?
- Elle couvre les casinos et les clubs de jeux, les sites agréés de paris sportifs, de paris hippiques et de poker en ligne, ainsi que les jeux de la Française des jeux et du PMU dès lors qu'ils supposent un compte joueur, en ligne comme en point de vente. Restent hors de son champ les achats anonymes au comptoir et, par construction, les sites illégaux, qui ne consultent aucun fichier.
Une pratique reconnue par la presse spécialisée
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Me Escande est interrogé dans cette enquête sur les mécanismes qui entretiennent le jeu excessif et sur les moyens dont dispose un joueur pour s'en protéger.
franceinfo · 24 avril 2026
Sources et références
Textes et publications officiels consultés pour la rédaction de cette page. Ils ne valent pas validation par un avocat.
- ANJ — « Interdiction volontaire de jeux : l'ANJ propose un service en ligne pour simplifier le parcours » (gestion du fichier reprise le 31 décembre 2020)https://anj.fr/index.php/interdiction-volontaire-de-jeux-lanj-propose-un-service-en-ligne-pour-simplifier-le-parcours
- ANJ, service d'interdiction volontaire de jeux — (questions fréquentes consultées le 22 septembre 2026 : selfie dynamique obligatoire pour la demande en ligne, voie postale par courrier recommandé pour qui ne souhaite pas cette vérification, démarche personnelle sauf tuteur justifié)https://interdictiondejeux.anj.fr/
- ANJ, « Interdiction volontaire de jeux : un nouveau service en ligne avec une expérience plus fluide et un contrôle d'identité renforcé » (18 novembre 2025) — parcours présenté comme entièrement numérique
- Code de la sécurité intérieure, art. L. 320-9-1 (LEGIARTI000054616769, version en vigueur du 05/08/2026) — interdiction administrative pour cinq ans au plus (I) ; interdiction volontaire prononcée pour trois ans, renouvelable tacitement (II)https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000054616769
- Code du sport, art. L. 332-22 (LEGIARTI000054616778, version en vigueur du 05/08/2026) — peine complémentaire d'interdiction de jeux, cinq ans au plus, pour les infractions des art. 222-33-2 et 222-33-2-2 du code pénal commises contre un acteur d'une compétition sportive ; le ministre de l'intérieur et l'ANJ en sont informéshttps://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000054616778
- ANJ, foire aux questions « addiction au jeu » — durée de trois ans minimum, reconduction en l'absence de demande de levéehttps://anj.fr/foire-aux-questions
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Cette matière est suivie par Me Matthieu Escande. Le premier échange sert à vérifier l’absence de conflit d’intérêts et à vous indiquer la marche à suivre.